Schizophrenia ELU Citizen Jazz ! (REVIEW)
by on février 29, 2016 in 2016 PRESS REVIEW

ELU CITIZEN JAZZ
2016_Schiz_Elu_Citizen_Jazz

Laurent Coulondre trio
Schizophrenia

Laurent Coulondre (p, org), Rémi Bouyssière (b), Martin Wangermée (dm)

Label / Distribution : Sound Surveyor

On savait ce diable de claviériste originaire de Vauvert dans une dynamique ascendante. On s’imaginait aussi qu’il était légèrement perturbé (abus de boissons anisées ?!). C’est ce que vient confirmer cet essai musical absolument convaincant. Le Sudiste est plus en forme que jamais dans un programme qui fleure bon le funk, mais qui n’en néglige pas moins une forme de lyrisme, à l’instar d’un Robert Glasper.

Une sorte de profondeur de champ le dispute allègrement à une urgence de l’instant. Le maître de cérémonie emporte l’adhésion, tant à l’orgue qu’au piano, qu’il mêle astucieusement, rappelant notamment l’art d’un Horace Silver, s’imposant au final comme un Fats Waller provençal ! L’humour et le jeu de séduction du premier organiste de jazz semble s’être emparé du corps et de l’esprit de Coulondre, notamment sur un titre comme « Sunny Road Trip », que l’on imagine cependant davantage inspiré par les paysages de sa petite Camargue d’origine que par quelque vue sur la « sunbelt », voire même sur l’érotique « Fun Keys » – une invitation à faire l’amour ici et maintenant ! Il sait évidemment déléguer des parts importantes de solos à ses compagnons de route, tel ce superbe récit du contrebassiste (et bassiste électrique) Rémi Bouyssière sur un « Palma’s Waltz » des plus jouissifs, où Laurent Coulondre fait par ailleurs preuve d’un sens du swing en béton lorsqu’il se retrouve (enfin ?) seul avant une coda surprenante !

Le batteur Martin Wangermée déroule un « drumming » toujours volubile sans être bavard, contribuant à une mise en récit qui contient autant de mises en abîme – saluons ici son solo sur la coda de « Sunny Road Trip », en réponse aux appels de l’orgue. Car ce trio raconte de bien belles histoires : des « espaces parallèles » qui invitent à l’infini – trois voies pour trois musiciens qui jouent à cache-cache sur « Parallel Spaces » -, des « cacahuètes sauteuses » s’enfuyant d’un méchant apéro – on les entendrait presque sur « Bouncing Peanuts » et l’on imagine le claviériste essayant désespérément de les rattraper… A moins qu’il ne s’agisse d’un hommage au titre emblématique du bebop, « Salt Peanuts », tant les musiciens alternent phrasés legato et staccato, tout en maîtrisant le propos d’ensemble. Les trois lurons flirtent avec les déséquilibres, confirmant un état mental « borderline » sans freins, étirant les thèmes jusqu’à leur point de rupture, alternant sur un même morceau proposition électrique et discours acoustique. Ainsi, le titre « Fun Keys » est emblématique de cette orientation : commencé par des nappes d’orgue, propulsé au mitan par une contrebasse en walking prenant le relais des basses groovy jouées à l’orgue, puis se mêlant à ce dernier sur une ligne funk, relancé par un cri (« kalo » ?) pour terminer sur une partie piano/basse électrique/batterie).

Dans ce labyrinthe, l’esprit du trio et de l’auditeur ne font plus qu’un : pétage de plombs garanti !

par Laurent Dussutour Citizen Jazz // Publié le 28 février 2016…

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