GRAVITY ZERO IN ACTION JAZZ
by on octobre 23, 2018 in 2018 Non classé PRESS REVIEW

 

 


Gravity Zero vu par Action Jazz


Concert de Laurent Coulondre – « Gravity Zero » • 10 ans des « Jeudis du Jazz » à Créon | 18 octobre 2018 
Laurent Coulondre (p, keyb), Yoann Serra (dm)

 

 

Interview « Un moment avec Laurent Coulondre »
Propos recueillis par Philippe Desmond, photos Philippe Marzat. Action Jazz – le 18 octobre 2018

C’est après l’extraordinaire concert des 10 ans des « Jeudis du jazz » de Créon, organisés par l’association Larural que Laurent Coulondre, toujours aussi détendu et disponible, nous accorde cette interview. Un moment très cool, ponctué de nombreux rires.

 

AJ : Bravo Laurent pour ce concert, cette performance même. D’où est venue l’idée du projet « Keys and Drums » cet attelage insolite ?
LC : ça vient de mon précédent trio et l’album Schizophrénia pour lequel on a eu la Victoire du Jazz. En fait je jouais en trio acoustique et j’ai voulu rajouter les basses avec l’orgue pendant que le bassiste devenait un petit peu guitariste et je me suis rendu compte que l’essence de ce projet c’était vraiment le clavier et la batterie et comme j’avais envie de faire un nouveau disque, un nouveau projet, je me suis dit on va tenter un duo. J’aimais bien l’originalité de la formation en duo claviers batterie et en plus il n’y avait pas trop de références en termes d’albums. J’adore faire les basses, le pédalier et c’est parti de là.

AJ : Mais tu étais batteur au départ ?
LC : oui, j’ai fait de la batterie quand j’étais petit, j’adore ça mais malheureusement je ne la travaille pas.

AJ : Pour un simple duo la mise en place technique a l’air assez complexe, j’ai vu ça aux balances.
LC : ah oui quand même ! Il faut du temps de balances, certes on pourrait jouer sur moins de claviers mais là j’ai toutes les sources et toutes les différentes sonorités à disposition et je peux aller de l’une à l’autre sans transition, je peux mélanger, une sonorité main gauche, une sonorité main droite, aux pieds un troisième son.

AJ : Une préférence parmi tous les claviers que tu utilises, Hammond, Rhodes, piano…
LC : c’est par périodes, j’ai vraiment des périodes où j’ai juste envie de piano acoustique. Il y a quand même ce truc électrique dans les claviers, je sais que certaines personnes n’aiment pas du tout et préfèrent la pureté du son acoustique.

AJ : oui, certains sons électriques sont même assez datés.
LC : bien sûr, certains sont des vieux claviers des années 70 et il y a des sons que l’on a entendus beaucoup, mais c’est dur de choisir, j’aime tous les claviers finalement.

AJ : Pourquoi ce titre « Gravity Zero »
LC : Ca plane ! Ca a pris pas mal de temps, on a cherché beaucoup. Il y a la notion d’espace, d’apesanteur, d’effets spatiaux, le fait d’être à deux en équilibre sur le fil. J’ai su après qu’il y avait le documentaire de Wayne Shorter et même un groupe de métal au Japon qui portaient ce nom.

AJ : Quatre batteurs sur l’album, un seul en tournée, comment partir avec un sans vexer les autres ?
LC : ah oui c’est vrai ! L’idée de départ était de montrer quatre générations, quatre types de batterie et avec des Français. Du coup on a pas mal réfléchi pour choisir. Martin (Wangermée) je bossais déjà avec lui dans le trio. Yoann (Serra) parce que je l’adore et que je voulais faire des choses avec lui depuis un moment, il est d’une génération un peu au dessus de la mienne, 10 ans d’écart. Cyril (Atef) qui lui vient plutôt du rock et de la pop, c’était le batteur de M, encore une génération au dessus , la cinquantaine. Dédé (Ceccarelli), le batteur mythique, je n’avais jamais joué avec lui et je ne me voyais pas faire un disque autour de la batterie et avec des batteurs français sans lui ! Pour la tournée il y a bien sûr la contrainte des disponibilités. On a fait quelques dates avec deux batteries, Yoann et Martin puis Martin et Dédé mais ensuite ça s’est équitablement réparti entre Martin et Yoann. Ils avaient en plus davantage envie de voyager, on a fait une tournée en Chine, au Canada, Dédé lui moins maintenant, c’est normal !

AJ : Une anecdote avec Dédé qui n’a rien à voir, un jour j’étais avec Pierre Lucbert le batteur, il nous a pris en selfie et aussitôt Facebook m’a tagué automatiquement comme étant André Ceccarelli ! Ce sont tes propres compositions, quelle est la part d’improvisation ?
LC : beaucoup d’impro, je voulais sortir de la formule classique thème-solo-thème mais j’avais aussi envie d’une musique écrite, pensée, travaillée, avec des rendez-vous très précis, mais il y a de la liberté, des tournes qui peuvent durer. Et comme on n’est que deux on est vraiment plus libre. Si je veux changer une basse, un groove il a juste à réagir

AJ : Comment et par qui es-tu entré dans le jazz ?
LC : Michel Petrucciani ! C’était lui le premier. Le premier disque de jazz que mes parents m’ont acheté en 1999, j’avais 10 ans et il est mort cette année-là, je ne l’ai malheureusement jamais vu.

AJ : On parle à ton sujet de « jazz décomplexé » en quoi le jazz a t-il besoin de l’être selon toi ?
LC : Oui il a une certaine veine du jazz qui a envie d’être dans la tradition, dans la continuité d’un seul jazz. Le mot jazz c’est sympa mais pour moi décomplexé ça veut dire que si j’ai envie de faire du reggae j’en fais, du funk ou de la pop aussi.

AJ : Justement, j’en parlais avec Guillaume Nouaux pour la prochaine Gazette Bleue, les diverses chapelles semblent s’ouvrir un peu, old jazz, jazz moderne, world, il y a moins de regards condescendants, ressens-tu cela.
LC : Oui , il y a plein de jeunes musiciens qui arrivent et qui se prennent moins la tête justement sur l’esthétique et qui explosent les frontières. Il y en a beaucoup qui restent sur un truc , un modèle de pensée. Ce n’est pas pour cela que ce n’est pas bien, mais les jeunes bousculent un peu cette situation.

AJ : justement le jeune public il faut l’attirer , un titre que tu n’as pas joué ce soir « Princesse Noumie » très dance, c’est pour eux ?
LC : oui il y a une volonté, ça rejoint ce que j’ai dit avant. On s’est bien amusé en faisant ce morceau mais j’ai l’impression que c’est moins un titre de live,  il faudrait un très gros son, jouer un peu moins jazz. Mais on l’a déjà fait , à Taïwan et il a bien marché.

AJ : Tous ces prix glanés, être révélation jazz aux Victoires de la Musique, cela fait-il changer de statut ?
LC : ça fait toujours plaisir, c’est une récompense mais ça ne change pas fondamentalement les choses car si je fais rien il ne se passe rien non plus, il faut continuer à avancer. Ca rassure on se dit qu’on est sur une bonne voie et ça encourage

AJ : D’autres projets en tête ?
LC : prochain disque j’espère rentrée 2019, on en a joué une compo ce soir qui sonne Brésil, samba. Mais il y a une vague un peu rock qui se dessine avec un côté davantage mélodique. On va intégrer de la guitare, je travaille avec Ralph Lavital. Je ne sais pas encore si on sera en trio, en quartet, pas en duo cette fois !

AJ : On va se revoir bientôt à Jazz à Caudéran (le 10 novembre 2018) parle-nous du projet Horny Tonky avec Nicolas Folmer.
LC : Avec Nico c’est le troisième disque qu’on fait ensemble. On s’est rencontré à Jazz en Baie, il était dans le jury du concours l’année où j’ai gagné et suite à ça il m’a appelé pour travailler avec lui. Horny Tonky c’est funky rock en quintet , je serai au Rhodes, Moog, orgue, clavinet, du funk.

AJ : merci Laurent et à bientôt donc à Bordeaux !

 

Sur le site d’ACTION JAZZ, retrouvez cette interview ici ainsi que la chronique du concert « Laurent Coulondre : Gravity Zero à Créon » ici

 

 

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